Le médecin sexologue
Questions sur le sexologue
Trois textes du Dr Abderrazak Moussaid : ce qu’est un médecin sexologue, le déroulement des séances et la sexothérapie.
Un sexologue sert à quoi ?
Il faut savoir d’abord qui peut être sexologue. Étant donné que la sexologie au Maroc n’est pas reconnue par les instances ordinales (Secrétariat général du gouvernement, ministère de la Santé, Conseil national de l’Ordre des médecins…), tout le monde peut prétendre être sexologue, médecins et non-médecins.
Mais il faut savoir qu’en France, par exemple, la sexologie a été reconnue en 1999, alors qu’elle était enseignée depuis les années 1980. C’est un cursus qui a été enseigné dans cinq universités (Paris, Lyon, Marseille, Toulouse et Bordeaux) ; il est actuellement enseigné dans une dizaine de facultés. C’est un cursus étalé sur trois ans, sanctionné par un examen écrit et un mémoire en première année, un examen écrit et oral en deuxième année, et un écrit et un mémoire de troisième année avec une soutenance publique. En 2000, les instances ordinales ont créé un conseil (CCPIU), présidé par un universitaire, dont l’objectif est de reconnaître les sexologues diplômés antérieurement.
Au Maroc, tant que la discipline n’est pas reconnue, tout le monde peut prétendre être sexologue, et c’est ce qui se passe actuellement.
Un sexologue doit être un médecin d’abord, et l’on parlera alors de « médecin sexologue » ; les non-médecins seront appelés « sexothérapeutes ». C’est de cette manière que les patients peuvent savoir à qui ils s’adressent.
Le médecin sexologue doit être un médecin complet : savoir faire un examen clinique, poser un diagnostic précis, pour éviter de tomber dans la facilité de la psychogénicité, mais aussi savoir prendre en charge les problèmes psychogènes.
Comment se déroulent les séances chez un sexologue ?
La consultation se déroule de la manière suivante :
Un interrogatoire très précis, avec âge, niveau intellectuel (pour pouvoir adapter notre discours à la personne qui est en face), profession, état matrimonial et enfin son histoire personnelle et familiale, pour se concentrer sur le motif de la consultation, et enfin un examen clinique si la plainte revêt un aspect médical, avec radiologie, pharmaco-doppler et bilan biologique au besoin…
Pour résumer, la consultation de sexologie doit être l’opportunité pour les médecins d’adopter une démarche préventive efficace pour identifier les patients à risque, surtout quand il s’agit d’un homme.
Sexothérapie
Le sexologue Abderrazak Moussaïd, qui exerce à Casablanca, précise : « Les interdits tirés d’une certaine conception de la religion musulmane me posent quelques problèmes. Lorsque je préconise à mes patients de recourir à certaines méthodes thérapeutiques qui font partie de mon arsenal, beaucoup sont choqués, voire s’y refusent. J’ai droit à des remarques irrationnelles sur ce qui est licite et ce qui ne l’est pas. Et je me dois, par conséquent, face à un barbu, par exemple, d’être intellectuellement armé et de le contrer sur ses croyances religieuses. »
L’homosexualité ? Abderrazak Moussaïd se retrouve, là aussi, face à des questionnements de familles affolées, qui veulent à tout prix « soigner leur fils », dont ils pensent qu’il est « atteint par une maladie ». Pourtant, d’après ce médecin, « la prévalence de l’homosexualité dans une population donnée est connue, et le Maroc ne déroge pas à la règle : elle est de près de 11 %. Il s’agit, pour moi, de convaincre ces familles que c’est là un phénomène fréquent, et non une maladie. »
Une question, une difficulté ? Le cabinet reçoit sur rendez-vous, à Casablanca.