Les troubles du désir sexuel

LES TROUBLES DU DESIR SEXUEL

  • DEFINITION
  • ASPECTS CLINIQUES
  • CRITERES D’EVALUATION
  • ENQUETE ETIOLOGIQUE
  • TRAITEMENT
  • CONCLUSION

DEFINITION

  1.  Le concept de désir a été défini par Regan et Berscheid comme  » l’état psychologique qui reflète la conscience de ce qu’on veut faire ou sentir ou avoir et que l’on n’a pas maintenant ni que l’on sent ou fait mais dont la réalisation est associée à du plaisir » (Regan et Berscheid, 1999).
  2. Le désir sexuel est l’énergie psycho-biologique qui précède et accompagne l’excitation sexuelle et incite à avoir un comportement sexuel. Il résulte de l’interaction du système neuroendocrinien qui donne naissance aux pulsions, du processus cognitif qui génère le désir et du processus de motivation qui induit l’empressement à se conduire sexuellement. (Levine, S.B. 1987).

SIMPLEMENT

C’est l’ensemble de manifestations biologiques et psychologiques, cognitives et comportementales, objectives et subjectives qui précédent la relation sexuelle

selon le contexte culturel marocain

  • En Arabe : Désir = ( Ichq, Raghba, Chahwa, Chawq. )Plaisir = ( Ladha, Moutaa.) Attention : Confusion dans notre langage ( trivial ) entre plaisir et désir. – Mais il y’a un problème de définition : Qu’est ce qu’un désir sexuel « normal ? » Il n’y a pas de standard de comparaisonProblème de quantification
  • Désir différent chez les hommes et les femmes ?Il y aurait une différence liée aux hormones : effet des androgènes chez les hommes, moins évident chez les femmes.

 

 

Troubles du désir sexuel hypo-actif

La symptomatologie clinique peut se résumer :

  • d’un simple désintérêt sexuel
  • l’aversion à l’égard de la sexualité

CLASSIFICATION DSM IV F52.0 [302.71]

A : Déficience (ou absence) persistante ou répétée de fantaisies imaginatives d’ordre sexuel et de désir d’activité sexuelle (tenir compte de l’âge et du contexte).

B : La perturbation est à l’origine d’une souffrance marquée ou de difficultés interpersonnelles.

La conceptualisation du désir sexuel regroupe au moins trois dimensions

1. une composante biologique des conduites basée sur des mécanismes neuro-endocrines et s’exprimant par des manifestations endogènes ou spontanées d’excitation sexuelle

 

2. une composante cognitive et comportementales’apparentant à une attente sexuelle reflet des moeurs et des attentes du groupe social

 

3. la « motivation sexuelle » qui implique la disponibilité à s’engager sexuellement Influencée par des facteurs individuels et systémiques rattachés au contexte relationnel du couple à un moment donné

↣ on peut parler de trouble du désir sexuel quand un de ces éléments manque ou est insuffisant.

Augmentation du désir sexuel

CAS LE PLUS FREQUENT

  • Pathologie relationnelle : inadéquation des désirs de chacun
  • Pathologie obsessionnelle : rituels de vérification.
  • Défini par le CIM : « activité sexuelle excessive »

    Addiction :

    Dépendance physique avec incapacité de s’abstenir et envie irrépressible de consommer , sous peine d’un syndrome de manque Principales addictions : à une substance , à un comportement.

Addictions sexuelles :

Au corps et à la sexualité ( avec comportement sexuel excessif ou anormal)
A l’autre ( partenaire fixe ou à la relation) Co morbidité élevée avec la prise de substances psycho actives

Egalement retrouvé dans l’accès maniaque en pathologie mentale

En pratique . diagnostic et prise en charge d’une addiction sexuelle

Demande souvent masquée ( anxiété , dépression ,phobies , TOC , autres addictions , contrôles des MST , problèmes conjugaux , dysfonctions sexuelles)

Tests : tests de l’addiction sexuelle (Carnes ou Colleman), tests d’auto-observation du comportement, tests d’anxiété, phobies, dépression

PRISE EN CHARGE :

Thérapies comportementales , cognitives et émotionnelles : réduction du comportement addictif, relaxation, travail sur l’image de soi

  • Thérapies conjugales
  • Groupes de parole
  • Traitements médicamenteux : sérotoninergiques (indication sur les TOC), anti androgènes

   N.B: Le DSM V serait enclin à comprendre les addictions sexuelles mais une controverse subsiste dans sa classification :

TCI ?

ou Trouble sexuel ?  

CRITERES D’EVALUATION DU DSH :

  • La fréquence des relations sexuelles.
  • La dimension fantasmatique.
  • La dimension cognitive et comportementale.
  • La dimension environnementale et relationnelle.
  • La dimension clinique.

Certaines questions indirectes permettent d’évaluer l’intensité et la réalité du désir du patient :

 

  1. L’âge des premiers rapports sexuels.
  2. La fréquence : des masturbations ?

des initiatives sexuelles ?

des rapports sexuels ?

                                        des fantasmes et des rêves érotiques ?

  • La fréquence des relations sexuelles :

Il faudrait prêter attention entre :

  1. «  la fréquence désirée » et
  2. «  la fréquence effective  » des relations sexuelles.
  • La dimension fantasmatique :

Le fantasme est l’ensemble de représentations imagées, mettant en scène le sujet et traduisant ses désirs conscients et inconscients de celui qui l’élabore.

Le fantasme serait le meilleur aphrodisiaque du désir sexuel.

Les sujets présentant un DSH, ont en général une certaine pauvreté fantasmatique.

  • La dimension cognitive et comportementale : évalue
  1. 1. Croyances irrationnelles ou conditionnement négatif : expérience précoce malheureuse, culpabilité, mauvais apprentissage, traumatisme ou abus sexuel, entraînent un manque de confiance et d’estime de soi.
  2. 2. Manifestations d’idées négatives, résultant d’une éducation restrictive, religieuse ou morale, entrainant :

– une dévalorisation de la sexualité et

réduisant l’intérêt du sujet pour les relations sexuelles.

  • Dimension environnementale et relationnelle :

C’est l’évaluation de la problématique du couple :

  1. Divergence d’idées, mésentente (conflits, hostilité),
  2. Manque d’attraction, troubles de communication,
  3. Durée de la relation, monotonie, manque d’amour,
  4. Dysfonction sexuelle du ou de la partenaire,
  5. Syndrome de deuil non résolu,
  6. Problème médical ou psychiatrique du ou de la partenaire,
  7. Discordance des scénarios et des attentes de chacun …
  8. Dimension clinique :

Il faut faire une évaluation clinique détaillée à la recherche de dysfonctions associées.

Dysfonctions sexuelles « = » DSH

Le mécanisme serait dû à l’appréhension de :

– l’anxiété de performance,

– la peur de l’échec,

– la crainte du jugement de l’autre.

  • En résumé :

Les personnes qui présentent un DSH, présentent :

  1. Une fréquence basse des relations sexuelles,
  2. Une pauvreté fantasmatique,
  3. Une difficulté à établir des relations amicales et sexuelles

 

ENQUETE   ETIOLOGIQUE

Étiologies organiques

Étiologies psychogènes – Primaire  Ou

– Secondaire

  • Étiologies organiques :
  1. Causes endocriniennes :

– Un déficit en testostérone (D.E., somnolence, fatigue…)

– Une hyperprolactinemie spontanée ou iatrogène (neuroleptiques…).

– Autres troubles endocriniens.

  1. Causes métaboliques :

Diabète, troubles du métabolisme lipidique, insuffisance rénale.

  1. Causes toxiques :

Substances addictives: Alcool, tabac, cannabis, cocaïne…

  1. Causes iatrogènes :

Antihypertenseurs ( B-bloquants), Neuroleptiques (Pl++), Antidépresseurs (Pl+), Anxiolytiques (Pl+), Anti-androgènes, Cimétidine ( AA, Pl+), Ketonazole (AA), Fibrates (AA), Digitaliques (AA)…

  1. Maladies générales :

Grippe, cirrhose ou affections chroniques, vont diminuer la testostérone, augmentent la prolactine et agissent par la souffrance et le handicap qu’elles entraînent.

La baisse du désir peut être une conséquence physiologique d’une maladie chronique ou résulter des effets de cette maladie en termes de :

(Souffrance physique, handicap fonctionnel, altération de l’image du corps, dépression, pronostic vital…).

   Chaque maladie chronique a des conséquences sexuelles spécifiques et nécessite des mesures appropriées.

  • Étiologies psychogènes :
  1. Primitives :

La plupart sont générées par des facteurs éducatifs.

  1. L’attitude parentale : Une éducation sévère, restrictive, religieuse ou morale entraine un conditionnement négatif à l’égard de la sexualité.
  2. Antécédents de traumatisme sexuel : à type de viol ou tentative de viol parfois même incestueux.

 

  • Agénésie affective :

L’absence réelle ou imaginaire des parents, l’absence de communication érotique et affective                  retentit sur le développement psychoaffectif de l’enfant qui aura des difficultés à construire une image de couple normal.

  • Les phobies sexuelles : C’est l’organisation de l’anxiété sexuelle primitive autour des :

 

– Facteurs éducatifs,

– Mauvaise image corporelle,

– Conflits intrapsychiques.

  • Les conflits intrapsychiques :

 

-les crises d’identité sexuelle.

-la pulsion homosexuelle (inconsciente), chez des personnes habituellement hétérosexuelles.

-le complexe d’œdipe non résolu.

Dans ce cas, le DSH est un mécanisme d’auto-défense inconscient qui permet de préserver le MOI menacé.

  • Les agénésies fantasmatiques :

 

Le désir sexuel est alimenté par le fantasme et lobjet désiré.

Le problème en thérapie se pose avec:

– Les patients sans notion de fantasme ou

– Ceux qui ont des inhibitions d’ordre éthique ou morale à l’élaboration des fantasmes érogènes, vont avoir avec un sentiment de culpabilité, car considérés comme une ébauche d’adultère.

  • Les paraphilies :

 

Un certain nombre de personnes, se plaignent faussement de DSH et consultent sous la pression de leurs partenaires.

       – Les homosexuel(elle)s et Les pervers ayant fait illusion au début d’un mariage de couverture.

  1.  Secondaires :
  2. Angoisse de l’échec :

– Des pensées négatives et un parasitisme mental : Entrainent des échecs répétitifs avec un manque de gratification et une conduite d’évitement et refoulement du désir

N.B. : L’angoisse de l’échec peut se traduire par une hyper-sexualité paradoxale de « compensation ».

  1. La dépression :

Le DSH est une manifestation constante de la dépression.

Sur le plan fonctionnel, la dépression se traduit par une perte d’intérêt sexuel jusqu’à l’abstinence la plus totale, alors que les rapports sexuels peuvent dérouler normalement.

  1. Les facteurs sociaux et environnementaux :

– Un environnement défavorable,

– Un statut social de dominé,

– Une situation professionnelle non gratifiante,

– Les conditions d’habitation exiguë : entrainent un manque d’intimité vis à vis des enfants.

     En général, les enfants exercent une censure sur la sexualité de leurs parents.                    

  1. Les conjugopathies :

– L’accoutumance ou l’habitation : la monotonie des mêmes gestes, mots, séquences, vide la relation conjugale de son érotisation.

– La disponibilité du ou de la partenaire : fait que l’objet du désir perd sa valence érotique par                         sa disponibilité et sa possession.

– la désexualisation du conjoint = substrat parental.

  1. Autres causes :

L’abstinence sexuelle : (célibat, veuf(e)s, divorcé(e)s, expatrié(e)s, prisonniers ou conformistes religieux…).

Le mécanisme serait probablement un biofeed back négatif .

     – La stérilité : Quand l’objectif premier de la relation sexuelle est la conception et/ou la fertilité, confondues à tort avec féminité ou virilité.

TRAITEMENT

Le rôle du médecin sera celui d’écouter, d’expliquer, et de conseiller.

En général, en dehors des causes organiques repérables le traitement est obligatoirement psychothérapique : (Psychothérapie individuelle, psychothérapie de couple, sexothérapie), associé à un traitement médicamenteux et dépend de :

Désir de changement et des capacités intellectuelles de la personne à prendre en charge.

– L’attitude du ou de la partenaire.

Le traitement est difficile à entreprendre et dépend de l’étiologie:

–     Les personnes qui ont un DSH, présentent des résistances au changement,

  • L’implication du ou de la partenaire est difficile dans le contexte marocain,
  • Présence de tabous et non-dits, éducation restrictive, plainte féminine rarement verbalisée ou somatisée autrement è plainte sexuelle cachée à rechercher devant des symptomatologies atypiques…

La prise en charge suivant plusieurs volets:

  1. Améliorer la relation de couple, quand il y a un problème relationnel traduisant un DSH.
  2. Améliorer la qualité et le caractère stimulant des activités sexuelles par la diversification.
  3. 3. Identifier les facteurs qui interfèrent avec le désir sexuel (ex. Anxiété sexuelle), par la création d’un environnement favorable.
  1. La psychothérapie cognitive et comportementale
  1.                 Corriger les cognitions négatives et les pensées irrationnelles, qui inhibent le désir sexuel en cas de :

– Éducation restrictive,

– Expériences sexuelles négatives,

– Sentiment d’auto-dévalorisation.

  1.             Favoriser l’émergence d’idées positives et de fantasmes sexuels stimulants, en expliquant leur importance à l’éveil du désir sexuel.

Concernant le traitement médicamenteux :

  • Beaucoup de travaux mais peu sont suffisamment étayés
  • Le bupropion (Zyban, Wellbutrine) (dopaminergique) ; 29% contre placébo des femmes avec un manque de désir ont une augmentation significative de leur désir en 3 mois (0% à la fin de 4 semaines avec le placébo) (Seagrave 2001). 4 de 20 femmes avec des difficultés orgasmiques montrent une augmentation de désir sexuel à la fin de 9 semaines de thérapie (Modell 2000)
  • La testostérone augmente la pulsion sexuelle pendant quelques heures (Tuiten 2000) chez des femmes sans troubles du désir sexuel.
  • De nombreuses femmes pré et post ménopausées voient se corriger les effets sur la fatigue le manque de bien être et la diminution de la libido par de la testostérone (Davis 2000). Peut être est ce du a des doses supraphysiologiques ou a une insensibilité tissulaire. Cependant les effets secondaires d’hirsutisme et de peau sont très mal tolérés. Une combinaison TCC et testostérone peuvent se compléter (Bartlik 1999)
  • phéromones synthétiques (Cutler 1998) peuvent augmenter le désir sexuel.

CONCLUSION

Le DSH est une équation difficile à résoudre, à la fois au niveau de sa problématique, de son évolution, de son traitement, nécessitent un niveau d’écoute et une disponibilité exemplaire.

Pour conclure, la sexualité en général et le désir en particulier, sont des questions d’une éducation sexuelle, malheureusement occultée et négative dans notre contexte arabo-musulman.

 

 

 

TERMINOLOGIE

 

Il existe de nombreuses façons de qualifier le désir sexuel :

  • libido, intérêt, appétit, pulsion, désir, et instinct

La baisse de désir sexuel est qualifiée de :

  • « Apathie sexuelle », «Malaise sexuel», «Anorexie sexuelle», et plus récemment par Désir Sexuel Hypo actif (HSD)

 

 

SOUS CLASSIFICATIONS des TDS

 

Différences de désir et attentes des partenaires

Trouble généralisé :

  •  Plus fréquent chez les femmes
  •  Peu d’appétit sexuel en pensée sentiment et action, actuel et passé
  • Type du relation entre les partenaires
  • Pas d’importance accordée à la Lubrification et orgasme
  • Fantasmes et érotismes absents
  • Les jeunes filles pensent qu’elles peuvent vivre leur vie sans « sexe »

 

 

Troubles du désir sexuel aversion sexuel

CLASSIFICATION DSM IV F 52.10 [302.79]

A : Aversion extrême, persistante ou répétée, et évitement de tout (ou presque tout) contact génital avec un partenaire sexuel.

B : La perturbation est à l’origine d’une souffrance marquée ou de difficultés interpersonnelles.

ASPECTS CLINIQUES

A. Manifestations cliniques :

1. Modalités d’installation :

  • Brutale ou progressive

2. Selon l’historique :

  • Primaire : depuis le début de la vie sexuelle. – Secondaire : acquis après une période d’activité sexuelle normale

3. Selon le contexte :

  • Généralisé : dans toutes les situations.
  • Sélectif : circonstances ou partenaires particulières

4. Selon le caractère:

  • Permanent ou capricieux

5. Selon la fréquence :

  • Le HSD retentit généralement sur la fréquence , des relations sexuelles, de quelques rapports sexuels par an jusqu’à l’abstinence la plus totale

5. Selon la fréquence :

  • Le HSD retentit généralement sur la fréquence , des relations sexuelles, de quelques rapports sexuels par an jusqu’à l’abstinence la plus totale

6. Selon l’étiologie :

  •  Organique, psychogène ou mixte

B. La symptomatologie associée :

1. Les symptômes sexuels :

  • Troubles de l’érection, troubles de l’éjaculation, troubles de l’orgasme, vaginisme .

2. Les symptômes non sexuels : Dans le cadre d’une maladie aiguë ou chronique.

3. La plainte somatisée : Précordialgies, insomnies, céphalées, migraine, épigastralgies, UGD, tr. De l’humeur, dépression.